Les yeux sans visage

Réalisé par Georges Franju

avec Pierre Brasseur, Alida Valli, Edith Scob, François Guérin

France - 1959 - N&B

S'il ne fallait citer qu'un signe distinctif du cinéma de Franju, c'est bien son côté fantastique, genre très peu exercé en France. Mais Franju, un peu oublié aujourd'hui, n'a pas grand'chose de commun avec les productions fantastiques de l'époque, en majorité américaines.

Plus subtil qu'un cinéaste du fantastique, il se définit lui-même comme un cinéaste de l'insolite, qui hérite plus du roman-feuilleton du XIXème siècle que des productions hollywoodiennes comme King Kong. Créateur de la Cinémathèque française au côté d'Henri Langlois, il est d'ailleurs un disciple de Louis Feuillade. Feuillade tourna au début du XXème siècle des séries telles que Fantômas, Judex (dont Franju tournera une adaptation-hommage en 1964) ou les célèbres Vampires. Le propos de Franju est de mettre en valeur ce qui, dans un cadre réaliste, suggère l'inquiétude, la peur.

Dans Les yeux sans visage, le professeur Génessier (Brasseur) tente de rendre à sa fille Christiane (Scob) le visage qu'elle a perdu dans un accident qui ne lui a laissé que les yeux intacts. Aidé de sa compagne Louise (Valli), il kidnappe des jeunes filles afin de leur découper le visage et de le greffer à Christiane.

Génessier a masqué tous les miroirs de sa demeure, afin que Christiane ne puisse voir son visage décharné. De même, Franju ne nous montre jamais que le masque blanc trop lisse de Christiane, qu'elle doit porter en permanence. Ce masque, qu'elle dit elle-même redouter plus que son propre visage, accentue l'expression de ses yeux et lui donne une allure de fantôme triste.

Franju travaille aussi énormément le son du film. Il amplifie le bruit des pas, le crissement du gravier sous les roues de la DS de Génessier, les hurlements terrifiants des chiens que le professeur garde dans son sous-sol pour ses expériences.

Seule une scène laisse place à un peu de surenchère visuelle : celle où Génessier et Louise procèdent au découpage du visage d'une étudiante, destiné à Christiane. Elle semble interminable et, bien qu'ostensiblement fausse (on perçoit bien le flottement du masque de latex qui fait office de visage) elle n'en reste pas moins horrible. Le contraste criant entre le noir du sang et le blanc de la peau y est sans doute aussi pour beaucoup.

Peut-être fidèle à son passé de documentariste, Franju imprime au film un rythme lent mais implacable, qu'aucun artifice sursautant ne vient élever. Le thème musical inattendu de Maurice Jarre, à la fois primesautier et intriguant, apporte une poids de plus dans la balance de l'insolite.

Merci.


PS : l'assistant-réalisateur et aussi co-scénariste s'appelle Claude Sautet