THX 1138

Réalisé par George Lucas

avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie

U.S.A - 1970 - Couleurs

THX-1138 (Duvall) bosse sur une chaîne de montage de droïdes. Sa compagne LUH-3417 (McOmie) travaille également, dans un centre de surveillance vidéo. LUH trouve THX un peu trop concentré sur son travail et pas assez attiré par elle. Elle décide donc d'enfreindre le code en faisant avaler à THX la pilule défendue (les pilules en tous genres sont la seule nourriture disponible). Ils copulent illégalement, et sont déclaré de fait hors-la-loi et arrêtés.

En 1970, George Lucas est quasiment inconnu. Mais il fait partie d'un nouveau courant américain, le New Hollywood, engendré par Francis Ford Coppola depuis la fondation de son studio indépendant American Zoetrope en 1969 (qui produit THX 1138). Durant cette décennie débuteront également dans cette voie quelques talents prometteurs comme Brian De Palma, Martin Scorsese ou Steven Spielberg.

Il y a trente ans, donc, George Lucas faisait du cinéma. Et de l'ambitieux! Bien que les deux films partagent quelques détails (science-fiction, présence d'hologrammes, abondance de droïdes), THX 1138 n'a rien de comparable avec le premier Star Wars (1977). Alors que celui-ci annonce le renouveau des films d'aventure à grand spectacle et effets spéciaux,  THX 1138 est un film austère, glaçant, oppressant, expérimental. Le personnage principal évolue dans un monde proche du 1984 de George Orwell, une société hiérarchique, où chaque individu est un suspect en puissance, et peut être interpellé au moindre écart. Lucas y inclut une originalité : l'individu est également tenu de respecter une religion unique, et confesse ses péchés comme ses fautes professionnelles dans une cabine téléphonique.

Mais c'est surtout la réalisation qui étonne ici. Pour pallier au manque de moyens financiers et techniques, Lucas se creuse la tête (ce qu'il n'est plus obligé de faire aujourd'hui, grâce à ILM, et ça se voit). Tous les lieux sont blancs, les personnages sont habillés de blanc et se rasent le crâne (hormis les robots-policiers casqués et vêtus de cuir noir). Souvent, l'action se déroule hors-champ. Un énorme travail sur le son a donc été nécessaire. Par exemple, il y a un plan fixe qui montre un public clairsemé assis sur des gradins. Ils regardent une partie d'on-ne-sait quel jeu en tournant la tête à droite et à gauche comme au tennis. Rien n'est montré du jeu, mais des bruits horribles laissent craindre le pire. On ne saura jamais de quoi il s'agissait.

Lucas ne cesse de jouer avec la perception du spectateur. Le montage fait se succéder des images de l'action filmée directement, et la même vue au travers d'écrans vidéo, pour mieux renforcer l'impression d'une surveillance permanente. Une partie du film se déroule pendant l'incarcération de THX 1138 et de plusieurs co-détenus. Au lieu d'être enfermés dans des cellules, ils partagent un espace immense et totalement blanc (ça rappelle une scène de Matrix), si bien qu'ils ne peuvent en voir les limites.

Bien qu'imparfait (on sait trop peu de chose sur cette étrange religion), un tout petit peu démodé (on sourit à la vision des cartes perforées et des bobines de bandes magnétiques) et développant des idées discutables (l'individualité c'est bien, George, mais qu'est-ce qu'il va faire tout seul dehors, THX, maintenant?), THX 1138 était un projet original, ambitieux et surtout artistique. Note rigolote, dans le confessionnal, une voix apaise les pécheurs par cette phrase : "Let us be thankful we have commerce. Buy more. Buy more now. Buy. And be happy." A méditer... ;-)

Merci.