Le procès
(The Trial)

Réalisé par Orson Welles

Avec Anthony Perkins, Jeanne Moreau, Orson Welles, Romy Schneider

USA / France - 1963 - N&B

Un matin, Joseph K (Perkins), un employé de bureau sans heurt et sans reproche, voit débarquer chez lui deux policiers qui l'arrêtent. K ne sait pas de quoi il est accusé, et se retrouve prisonnier des engrenages d'une justice absurde.

A grand réalisateur, grandes adaptations. Durant sa carrière, Orson Welles s'est attaqué à pas moins que Shakespeare (Othello, Falstaff...) et Cervantès. Ici, c'est au tour de Kafka, dont le roman absurde et intemporel laisse assez de liberté pour en modifier des éléments sans le trahir. Welles peut délirer tranquille, pratiquer l'allégorie à tout-va.

A Paris, Welles trouve le lieu de tournage idéal : dans la gare d'Orsay, déjà désaffectée et pas encore transformée en musée. Il y tourne toutes les scènes qui ont lieu au tribunal et dans ses annexes. Le hall gigantesque lui permet de tourner des plans avec de grandes profondeurs de champ, comme ils les affectionne. L'accumulation de coursives métalliques, de poutrelles rivetées lui offre des angles et des ombres inédits, d'autant plus que sa caméra reste mobile. Des mètres cubes de registres poussiéreux et abandonnés font le bonheur des décorateurs. Ils deviennent les montagnes de dossiers de l'avocat dans lesquels Leni, sa maîtresse, tente de séduire Joseph K.

Une autre partie du tournage s'est effectuée à Zagreb, dans ce qui s'appelait la Yougoslavie (il était une fois un pays...). Là, Welles met à profit les grands ensembles d'habitation, entourés de terrains vagues sinistres.

Outre ses exploits visuels, Welles a aussi apporté un grand soin aux dialogues. La scène de l'arrestation est, en ce sens, magistrale. Face à l'aplomb des policiers, Joseph K se comporte en coupable, malgré quelque résistance, se justifie sans cesse de tout. Beaucoup d'autres excellentes scènes viennent émailler le film ensuite, servies par une interprétation éblouissante. Anthony Perkins en tête, qui peut s'enorgueillir d'avoir tourné avec deux des plus grands maîtres du septième art, donne un Joseph K tour à tour perturbé, dépassé ou bien volontaire et qui finit par sombrer dans la folie. Dans les rôles les plus marquants (ils sont tous plutôt courts), on retrouve avec plaisir Jeanne Moreau, Romy Schneider et Orson Welles himself.

Merci.