Princesse Mononoké
(Mononoke Hime)

Réalisé par Hayao Miyazaki

Animation

Sortie le 12 janvier 2000

Après avoir sauvé son village isolé d'un sanglier maudit, le jeune prince Ashitaka est frappé lui aussi de cette malédiction mortelle. Il part à la recherche du Dieu-Cerf, peut-être le seul capable de conjurer le sort. En route, il recueille deux hommes blessés lors d'une bataille, et rencontre une fille étrange accompagnée de loups. Sortis de la forêt ils atteignent un village qui abrite une forge immense.

Miyazaki n'est sans doute pas un dieu, mais c'est un grand réalisateur. Princesse Mononoké est un film ambitieux mais réussi. Ce conte écologique, bien qu'il se situe dans le cadre très déterminé du Japon du Moyen-Âge, est pourtant capable de toucher un public bien plus vaste sans jamais sacrifier à un quelconque occidentalisme. Outre un véritable talent, Miyazaki a donc aussi le bon goût de ne pas prendre son public pour des cons. Princesse Mononoké ne se résume pas au manichéisme gentils zanimaux contre méchants zhumains. Le personnage-titre en est le meilleur exemple : farouchement sauvage au départ, San (c'est son petit nom) est tiraillée entre son amour pour sa famille canine et Ashitaka. La concorde ne règne pas entre les animaux (loups, sangliers, singes...). La guerre fait rage aussi entre les hommes. Mais le personnage le plus complexe reste cette Dame Eboshi, qui dirige le village. Décidée à gagner sur la forêt pour étendre sa forge, elle est aussi profondément généreuse.

Quant à Ashitaka, il ne cesse de tenter de ménager la chèvre et le chou. Il s'efforce de répéter des phrases aussi simples que "la forêt et la forge ne peuvent-elles pas cohabiter?" sans que personne ne l'entende. Il se place sans cesse en interposition, comme lors de la très belle scène de duel entre San et Dame Eboshi. Malgré tout, une catastrophe interviendra, qui évoque au choix un nuage atomique ou une marée noire (ou les deux, Tchernototal quoi).

Côté technique, il n'y a quasiment rien à redire. Comme avec Mon voisin Totoro, Miyazaki nous subjugue une fois de plus par sa maîtrise des couleurs et son travail sur les lumières. L'animation est toujours aussi fluide, même si on peut regretter son obstination à ne pas synchroniser les mouvements des lèvres sur la bande son (même en VO). Après un départ époustouflant, le film perd un peu de souffle vers le milieu. Il faut préciser qu'il dure plus de deux heures. Mais d'un autre côté, Miyazaki nous épargne ces scènes humoristiques inutiles qu'on a trop souvent tendance à nous servir, chez Disney, par exemple, pour ne pas le citer.

Non ciblée pour les enfants, Mononoké arrivera-t-elle à se frayer en janvier un chemin entre le Tarzan de décembre et le Toy Story 2 de février? C'est tout ce que je lui souhaite.

Merci.