M le Maudit
(M)

Réalisé par Fritz Lang

Avec Peter Lorre

Allemagne - 1931 - N&B

A Berlin dans les années 30, des fillettes sont assassinées par un sadique. La police fait ce qu'elle peut. C'est-à-dire peu. Excédées par les descentes à répétition dans les bars clandestins, les organisations criminelles décident de pourchasser elles-mêmes le Mörder et de le châtier (avec un i et sans r).

Un des meilleurs films de Fritz Lang. Où l'on s'aperçoit que seulement une trentaine d'années après sa naissance, et moins d'une vingtaine après l'avènement du parlant, le cinématographe a déjà su se doter d'une grammaire particulière, tant appliquée aux images qu'aux dialogues, et que les scénarii s'originalisent. Celui-ci entretient une délicieuse ambiguïté, soutenue par la réalisation qui maintient un parallélisme parfait entre l'enquête de la police et celle de la pègre. Lang pousse même jusqu'à interrompre le discours de l'une pour le laisser reprendre par l'autre. Avant cela, il nous livre un portrait sans complaisance de sa société contemporaine, mais qui renvoie encore aujourd'hui de sombres reflets. La paranoïa de la population berlinoise atteint son comble; chacun soupçonne son voisin du coin de l'oeil ou bien ouvertement; la police est submergée de lettres de délation contradictoires; la moindre arrestation tourne au lynchage.

Cerise sur le gâteau, le meurtrier, enfin capturé par les malfrats, a droit à un procès dont ils sont les jurés. Comme le fait cyniquement remarquer leur chef, ils savent de quoi ils parlent : ils ont chacun écopé de six mois à quinze ans de réclusion. Lang se permet à d'autres occasions, même confronté à un sujet aussi dramatique, quelques pointes d'humour noir.

Comme je le disais plus haut, une grammaire cinématographique est bien visible, lisible même. Lang utilise de "simples" images illustratives comme la présentation des méthodes de recherche de la police expliquées au Ministre de l'Intérieur par le Préfet de Berlin en voix off. Mais des formes plus complexes comme l'ellipse sont aussi présentes: le meurtre d'Elsie Beckmann et l'attente angoissée de sa mère qui craint à raison le pire. Lang n'hésite pas à s'attarder sur quelques scènes qui ne participent pas directement à la progression de l'intrigue mais instaurent un climat tendu: c'est la cas de la série de scènes de paranoïa grimpante des habitants.

Sans compter la qualité de la composition de ses images, son jeu sur l'ombre et la lumière, limitation du noir et blanc dont il tire en fait le meilleur parti.

Merci.