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Le limier
(Sleuth) |
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Avec Sir Laurence Olivier, Michael Caine Grande-Bretagne / Etats-Unis - 1972 - Couleurs IMPORTANT : Le limier est un film à tiroirs qu'il est quasiment impossible de chroniquer sans en révéler les principaux ressorts. C'est pourquoi j'ai caché une partie de mon texte, pour permettre une double lecture : le texte normal raconte ce qui est racontable sans déflorer l'histoire ; les accolades encadrent le texte qui contient des révélations, et qui est visible en sélectionnant le texte avec la souris {oui, comme ça}. Maintenant tu es prévenu, allons-y. ;-) Le célèbre auteur anglais de romans policiers Andrew Wyke (Olivier) invite l'amant de sa femme, Milo Tindle (Caine) dans son manoir. Il lui explique, bon joueur, qu'il n'aime plus sa femme (d'ailleurs il a aussi une maîtresse). Pour lui prouver sa bonne foi, il invite Tindle à le cambrioler. Tindle emportera les diamants du coffre, tandis que Wyke touchera l'assurance. Wyke organise tout, déguise son associé en clown, ils simulent une rixe, Wyke tire des coups de feu dans les murs, et ils font sauter le coffre. A ce moment fatidique, l'écrivain pointe son arme sur Tindle. Il lui explique, vainqueur, qu'il a tout manigancé pour pouvoir se débarrasser de lui en le faisant passer pour un cambrioleur. Tindle le supplie de l'épargner. (ça continue plus bas) {Wyke tire, Tindle s'écroule dans l'escalier. Quelques jours plus tard, l'inspecteur Doppler rend visite à Wyke à propos de la disparition de Tindle. Extrêmement suspicieux, il pousse Wyke à l'aveu : celui-ci révèle en pleurant qu'il a organisé ce faux cambriolage, mais qu'il n'a pas tué Tindle. Il lui a tiré dessus avec une balle à blanc, et Tindle s'est enfui de peur une fois qu'il a repris connaissance. L'inspecteur retire ses faux sourcils et son masque : il n'est autre que Tindle, déguisé pour prendre Wyke à son propre jeu. Mais Tindle, visiblement blessé , ne s'en tient pas là. Il déclare à Wyke qu'il a assassiné la maîtresse de celui-ci, et qu'il a dissimulé chez l'écrivain trois objets qui le désignent comme le coupable idéal. Wyke doit les découvrir avant que la police (que Tindle a appelée) n'arrive. Wyke court dans tout le manoir et finit par retrouver les trois objets. Tindle lui révèle qu'il s'est une fois de plus joué de lui. Fou d'humiliation, Wyke tire sur Tindle, à balles réelles cette fois. Des gyrophares éclairent la cour : Tindle avait réellement appelé la police.} Le limier, dernier film de Mankiewicz se classe parmi ses tout meilleurs, et parmi les meilleures comédies jamais filmées. L'histoire est placée sous le signe du jeu (dans tous les sens du terme) et de la manipulation. La première scène plante d'emblée le décor, est constitue le symbole de ce que sera la suite du film : Tindle arrive au manoir de Wyke. Il entend sa voix dans le jardin et cherche à le rejoindre au milieu d'un labyrithe de haies taillées. Lorsqu'il le trouve, ils se rendent ensuite au manoir par des passages secrets : les haies pivotent en fait sur elles-mêmes et permettent de traverser le labyrinthe en ligne droite. Wyke est un passionné de jeux en tous genres : jeux de réflexion, snooker, puzzles, fléchettes... il prend la vie aussi comme un jeu, mais un jeu dont il dicte lui-même les règles, s'assurant ainsi une victoire à chaque fois. Mais cette manière de vivre lui fait toujours répéter les mêmes schémas, le contraint à se comporter comme les dizaines d'automates qu'il collectionne. {C'est ce que Tindle a compris, et qu'il va exploiter pour l'humilier par deux fois.} Wyke et Tindle sont opposés sur bien des points. Wyke, bien que se prétendant en pleine forme sexuelle, jalouse secrètement la jeunesse de Tindle. Il descend d'une lignée d'Anglo-Saxons pur boeuf, et vit grassement de sa plume. Tindle est un fils d'immigré italien (son vrai nom est Tindolini), exerce la profession de garçon coiffeur et déteste la futilité et le manque de réalisme de Wyke. {Son personnage d'inspecteur Doppler est d'ailleurs une copie conforme de l'inspecteur des romans de Wyke, que le détective privé, le vrai héros, ridiculise à chaque épisode.} Mais la manipulation ne s'arrête pas aux règlements de compte entre les personnages : Mankiewicz s'amuse principalement, avec ses spectateurs, les mène sur de fausses pistes, si bien qu'on ne sait plus que croire, alors on prend les paris. Le jeu, c'est aussi la profession des acteurs. Ici, les deux poids lourds de luxe que sont Sir Laurence Olivier et Michael Caine s'en donnent à coeur joie. Ils savourent, et nous avec eux, la liberté qu'ils ont de s'exprimer dans ces personnages qui leur permettent de traverser tous les registres de jeu. {Pour ne pas éveiller de soupçons lors de la sortie du film, le générique crédite même un acteur fictif dans le rôle de l'inspecteur Doppler} Devant la finesse du scénario, des dialogues et des acteurs, la réalisation de Mankiewicz se veut donc discrète, sans tape-à-l'oeil supplémentaire, qui viendrait alourdir cette richesse. Et pourtant, avec un oeil attentif, on s'aperçoit que Mankiewicz souligne admirablement certains gestes ou détails, d'un habile mouvement de grue, ou même dans un plan fixe bien cadré. Il est étonnant de voir que malgré le temps et la qualité de ce chef-d'oeuvre de drôlerie et d'écriture, Le limier n'est pas aujourd'hui plus connu d'un large public. Il est pourtant loin d'être inaccessible. Mais voyons le bon côté des choses, cela lui a permis, contrairement à un Psychose, par exemple, de garder intacts tous ses secrets. Merci. |