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King Kong
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avec Fay Wray, Robert Armstrong, Bruce Cabot, Franck Reicher U.S.A - 1933 - N&B Le grand réalisateur Carl Denham (Armstrong) emmène une équipe de tournage, dont fait partie Ann Darrow (Wray), dans une île peu connue d'Indonésie, pour tourner un film d'aventures romanesque. Son arrière-pensée est de filmer Kong, dieu-roi de cette île. L'équipage débarque lors d'un rituel sacrificiel dédié à Kong. Après une altercation, les autochtones capturent Ann pour l'offrir à Kong, un gorille géant. Aujourd'hui, King Kong est considéré comme un chef-d'oeuvre. C'est probablement par indulgence. Il présente le cas typique d'un scénario qui s'offre pieds et poings liés à l'action et aux effets spéciaux, un scénario qui s'embarrasse de peu de scrupules, et qui se soucie assez peu de cohérence. Tout y est écrit pour arriver le plus vite possible aux "grosses" scènes où apparaît le plus célèbre quadrumane du septième art : le film commence la veille du départ en bateau. Denham trouve son actrice principale sur le trottoir. Le voyage de six mois se déroule très rapidement. Mais là, alors que le spectateur est proche de la révélation, on le fait mijoter encore un peu devant les portes immenses de la scène du rituel qui tourne court. En pleine nuit, Ann est kidnapée sur le bateau par les memebres de la tribu. C'est là que la véritable action commence : Ann est sacrifiée à Kong, qui tombe amoureux, l'emmène dans sa jungle et la protège des dinosaures qui veulent la bouffer, et tout ça sans un mot de remerciement (l'ingrate!). Au lieu de ça, l'équipage prend le géant en chasse. Tous les poursuivants périssent dans l'aventure (sauf Jack Driscoll - le beau quartier-maître, et le réalisateur), sans que personne s'en émeuve trop par la suite. Le Driscoll délivre l'actrice et revient aux portes (tiens la tribu n'est plus là). Challenge : il ne reste plus qu'une demi-heure de film, comment accélérer le scénario pour caser les scènes de King Kong à New-York? Denham a des visions de grandeur, il veut faire de Kong une attraction. comment la capturer? Facile! Denham a tout de suite compris que Kong est amoureux de Ann. Il suffit de l'attendre et grâce à ces bombes à gaz suffoquant, on le capture et hop! on le ramène. Ce qui est dit est fait (après que Kong a saccagé le village - tiens la tribu était revenue). Et là, ellipse incroyable! on passe directement de la plage à la plus grande scène de Broadway, où Kong est montré en spectacle et d'où, très vite encore, Kong va s'échapper pour foutre sa zone dans la Grosse Pomme, grimper sur l'Empire State Building et se faire abattre par des biplans. La morale de l'histoire est énoncée par Denham, qui la synthétise par cette phrase d'anthologie : "Oh no, it wasn't the airplanes. It was Beauty that killed the Beast." ("Ce ne sont pas les avions. C'est la Belle qui a tué la Bête.") Quant à la morale du film, elle est plus que discutable : mélange de racisme colonialiste, de misogynie et j'en passe. Qu'est-ce que King Kong a donc de si particulier, hormis le charme et le ridicule involontaire apporté par les ans? Ce sont ses qualités techniques. Cooper et Schoedsack manient avec ingéniosité les effets spéciaux de Harry Redmond Jr., qui permettent de voir dans le même plan les acteurs et les monstres animés image par image. Etant donné la complexité, les scènes sont tournées en plan fixe. Généralement, les monstres sont à l'arrière-plan et les personnages devant. Les images sont raccordées par transparence. Pour augmenter le réalisme, ils utilisent des astuces comme lorsque King Kong, en pleine fureur, lance un tronc d'arbre en l'air, le tronc sort du champ, et y entre à nouveau pour retomber sur les personnages au premier plan. De même une même scène alterne acteur et poupée animée sans interruption notable que la disparition momentanée du personnage, justifiée par une chute, ou simplement par le passage du monstre devant lui. Cette maîtrise technique fait de King Kong le précurseur des films à effets spéciaux. L'animation image par image sera utilisée durant cinquante ans par des artistes comme son dernier maître, Ray Harryhausen (responsable des effets spéciaux de séries B comme Jason et les Argonautes, Don Chaffey, 1963 - Un million d'années avant Jésus-Christ, id., 1966, Le choc des Titans, Desmond Davis, 1981), avant de décliner face à la généralisation de l'animatronique dans les années 80 et des images de synthèse dans les années 90, bien que de géniaux acharnés arrivent encore à en repousser les limites (les studios Aardman, évidemment, cf. Chicken Run). Et comme les effets spéciaux demandent toujours des justificatifs extraordinaires, King Kong est aussi le film qui ouvre la voie à tous les monstres géants (fourmis, araignées, femme), dont le plus célèbre reste Godzilla, le lézard atomique nippon (qui affronte son glorieux modèle dans King Kong contre Godzilla, Ishiro Honda, 1962), et les plus récents les dinosaures de Jurassic Park et du Monde perdu. A ce propos, il est intéressant de considérer Jurassic Park autant comme le thuriféraire de King Kong que comme son fossoyeur. Après tout, qui a fait tant de mal aux dinosaures ? Hein ? Merci. Epilogue : en cette même année 1933, devant l'énorme succès de King Kong, Schoedsack réalise de suite la suite, Son Of Kong (Le fils de King Kong), bâclé et qui fait donc un bide. |