![]() |
Fight Club
|
|
avec Edward Norton, Brad Pitt, Helena Bonham-Carter Sortie le 10 novembre 1999 Qu'est-il arrivé à ce personnage (Norton) pour se retrouver avec le canon d'un flingue dans la bouche? C'est ce qu'il va nous raconter pendant deux heures. Ce narrateur dont on ne connaît pas le nom est un cadre qui partage son temps entre son travail et l'achat de mobilier. Victime d'insomnie, il lui vient un jour l'idée de faire la tournée des cercles de cancéreux, tuberculeux et autres condamnés pour pleurer sans honte. Pendant cette période, il rencontre Marla Singer (Bonham-Carter), une paumée qui joue le même jeu que lui, et Taylor Durden (Pitt), un fabriquant de savons. Taylor, qui a une vision autre de la vie, convainc le narrateur de fonder avec lui le Fight Club, où d'autres paumés viennent se foutre sur la gueule pour se défouler, sans aucune considération compétitive. Fight Club fait partie de ces films dont il est difficile de parler, car il repose sur une grosse articulation de scénario qu'il ne faut pas révéler sous peine de mettre l'intérêt du film au tapis. C'est la force du film : on se dit "ah ouais, je me suis fait avoir, là" comme devant un tour de prestidigitation et on va le revoir pour vérifier l'endroit où le film bascule (bien avant la révélation du pot aux roses, évidemment) ; mais c'est aussi sa faiblesse, car tout ce qui semble majeur n'est que secondaire. D'abord, il ne faut pas se fier aux éléments choisis pour promouvoir le film. Le titre, d'abord, annonce un film de baston. En fait, les combats ne sont pas nombreux, et la fondation du Fight Club n'est qu'une étape dans ce qui se révèle être un plan à grande échelle monté de toute pièce par Tyler Durden : lever une armée de nihilistes pour abattre la société de consommation (non, ce n'est pas le secret du film). Le savon, ensuite, est choisi comme emblème du film : il apparaît sur l'affiche, dans le slogan. L'objet n'occupe pourtant qu'une place mineure dans le film, et sa fabrication rappelle les pires heures de l'Histoire, d'où un certain malaise chez le spectateur doué d'un peu de mémoire. On peut également se questionner sur la sincérité du message anti-société de consommation (les commandos de Durden ne font jamais de victimes, ils ne visent que les marchands et les banquiers), lorsqu'on n'ose même pas deviner les cachets de Pitt et Norton, et lorsqu'on s'aperçoit que le film est conçu pour inciter le spectateur à le voir au moins deux fois. Le plus ennuyeux au fond, c'est que ce film plein de défauts m'a tout de même beaucoup plu. Fincher surréalise (comme on dit d'un acteur qu'il surjoue, qu'il en fait trop), les effets les plus discrets sont annoncés, mais le réalisateur a au moins le mérite d'oser. Il est doué, c'est indéniable, mais quel manque d'humilité! Il bombarde ses images traficotées, sans peur de gâter le réalisme. "Regarde cette séquence comme elle est bonne, regarde comme je sais bien manier l'image, tu vois bien hein?". Ca se vérifie en particulier lors de la séquence où le narrateur raconte le passé de Durden. Il est face à la caméra et le flash-back se déroule derrière lui. Sauf que Durden ajoute ses petits commentaires au récit du narrateur, et comme il est monteur-projectionniste, il truque les images. Fincher, qui s'est fait un nom dans la suggestion (souviens-toi des polaroïds du péché de luxure dans Se7en), introduit lui aussi des images subliminales, on aperçoit furtivement une silhouette derrière le personnage cadré dans un plan. Sachant ce que je sais du film, il m'est difficile de me prononcer sur l'interprétation de Brad Pitt. Il en fait beaucoup, mais au fond c'est normal. Par contre Norton semble beaucoup plus juste. La fin est plus simple que celle de The Game (le précédent film de Fincher), enchaînement interminable de rebondissements qui sentait la happy end arrachée de force par les studios. Ici, c'est mieux. On ne saurait dire si c'est une happy end ou non, bien que les personnages closent l'histoire d'une façon convenue (rhâââ ch'peux pas l'diiiire). Merci. |