L'exorciste
(The Exorcist)

Réalisé par William Friedkin

avec Linda Blair, Ellen Burstyn, Jason Miller, Max von Sydow

U.S.A - 1973 - Couleurs

Ah! les versions longues. J'ai eu la chance de découvrir L'exorciste en salle il y a cinq ans, donc dans sa version "traditionnelle". Les accoudoirs du siège s'en souviennent encore. Plus de vingt après sa sortie et malgré l'esthétisme de son époque, le film avait gardé une puissance de terreur et de violence insoupçonnée. Malheureusement, cette version longue est agrémentée de plans trop explicites qui pèsent lourdement sur la subtilité de sous-intrigues.

Le schéma du scénario est très classique. Un prêtre (von Sydow) découvre un objet maléfique dans un chantier archéologique (ici une représentation du Diable, rien de moins), premières inquiétudes. Transition brute vers un paisible environnement : Chris McNeil (Burstyn), actrice vit divorcée mais tranquille avec sa fille Regan (Blair). Mais voilà que des phénomènes étranges se produisent dans la maison : d'abord des bruits, puis des meubles qui bougent, puis l'attitude de Regan qui se dégrade, et son physique. Après avoir consulté quantité de médecins, il devient évident à Chris que sa fille est possédée. Elle fait appel au père Karras (Miller), qui, grâce également à l'aide du père Merrin (le prêtre du début), va eradiquer le Diable du corps de Regan.

Sur cette trame pas très originale, William Peter Blatty (qui a adapté le scénario de son propre roman) et William Friedkin ont réussi un film qui se distingue de la pléthorique production des films d'épouvante. D'abord, les personnages ne sont pas des héros, gentils pantins destinés à se battre contre le Malin. Ils ont une véritable personnalité humaine, avec tout ce que cela comporte de faiblesses, en particulier le père Karras, prêtre catholique d'origine italienne, et qui s'occupe de sa maman entre une messe et un entraînement de boxe. Les personnages ne font que se croiser tout au long du film, alors qu'on les découvre vivre, pour ne se rencontrer vraiment que peu avant la fin. Moins indispensable, un lieutenant de police mène un enquête pas très utile au déroulement du scénario.

Friedkin exploite tous les degrés de peurs : de la peur du noir (la crispante scène du grenier) jusqu'à la terreur la plus grand-guignolesque (les fameux jets d'ectoplasme par la bouche), en passant par des scènes de violence très dérangeantes (Regan, douze ans, se masturbe avec un crucifix). Il utilise aussi très habilement les effets sonores (les bruits dans le grenier, la terrifiante respiration de Regan)

Blatty a écrit une conclusion mi-foi mi-raison, assez ambivalente pour laisser à chacun le soin d'une interprétation personnelle. Le Bien a-t-il triomphé du Mal ? ou l'inverse ? ou n'est-ce jamais que partie remise ?

C'est la même question qu'on pourrait se poser à propos du débat "version longue / version originelle", où la part commerciale n'a bien sûr rien d'étranger. Ici, on peut couper la poire en deux : la nouvelle scène dite "de l'araignée" (où Regan descend l'escalier à quatre pattes mais sur le dos) ne dérange pas, mais d'autres plans où se succèdent des images subliminales du visage du Diable alourdissent terriblement le propos, d'autant plus qu'ils ne sont pas toujours raccord et que ce procédé n'impressionne plus beaucoup.

La plupart des effets utilisés ne sont plus aussi terrifiants qu'en 1973, le public est plus aguerri à des films bien plus gore. Mais L'exorciste a quand même valeur de classique du genre, à placer sur la même étagère qu'un Rosemary's Baby.

Merci.