Donjons & Dragons
(Dungeons & Dragons)

Réalisé par Courtney Solomon

Avec Jeremy Irons, Thora Birch, Justin Whalin, Zoe McLellan, Marlon Wayans

Sortie le 27 décembre 2000

La gentille princesse Savina (Birch) qui n'aspire qu'à l'égalité entre les mages et le commun des mortels de son empire d'Izmer, refuse de donner son bâton jaune (qui lui permet de contrôler les dragons jaunes) au méchant Profion (Irons) qui veut s'emparer du pouvoir. Profion envoie alors son fidèle lieutenant poursuivre deux jeunes voleurs, Snails et Ridley, et une apprentie mage, Marina, qui sont en possession d'un manuscrit qui permet de trouver la pierre qui permet d'ouvrir la porte qui permet d'accéder à la salle où se trouve le bâton rouge (qui permet de contrôler les dragons rouges).

Je me suis dit : "Tiens, pour commencer l'année, je vais aller voir une bonne vieille daube." Ce qu'il y a de bien quand on n'attend rien d'un film, c'est qu'on est rarement déçu. Et heureusement que je n'attendais même pas un tout petit peu de cette série B quelque peu luxueuse.

Là je fais une pause explicative pour le non-rôliste que tu es peut-être : Donjons & Dragons (D&D pour les connaisseurs) est, depuis 1975, le premier jeu de rôle (tu sais, les jeux très dangereux qui rendent schizophrène à force de lancer des dés à plein de faces). Le monde dans lequel les personnages évoluent (on appelle ça le background) est, comme le nom du jeu l'indique, peuplé de personnages fantastiques (nains, elfes, trolls, dragons, etc.) qui se battent à coups de magie ou d'armes médiévales (et même parfois de ruse). Il faut savoir par ailleurs que ce monde, que l'on qualifie de l'épithète composé "médiéval-fantastique" reprend beaucoup des codes inventés par J.R.R. Tolkien, l'auteur du Seigneur des Anneaux. Exemples : les nains sont des mineurs et forgerons cupides qui se battent à la hache ; les elfes ont les oreilles en pointe, sont plus grands et plus beaux que les humains, dont ils se méfient, et vivent très vieux. L'inconvénient ici, c'est qu'on passe à côté de beaucoup de choses si on ne connaît pas ces codes, et le film ne les apprend pas aux spectateurs novices.

Sans originalité aucune, le scénario compile tous les clichés du genre et les épreuves typiques que les joueurs sont susceptibles de passer dans leurs premières aventures (un labyrinthe rempli de pièges, par exemple). Tous les peuples principaux (mages, humains, elfes, nains) sont représentés, avec plus ou moins de bonheur (le nain semble vraiment n'être là que pour remplir un quota inévitable).

Les décors et les costumes sont du kitsch le plus abouti (je passe sur les effets spéciaux qui évitent soigneusement de faire interagir les personnages réels et les synthétiques), et l'interprétation des acteurs est à la hauteur du reste. La palme revient à Jeremy Irons qui se fout ostensiblement de la gueule de tout le monde dans le rôle de Profion (bonjour le nom!), sorte de Saruman de bas étage (pour ceux qui connaissent) qui n'arrête pas de rire sardoniquement en reprenant bruyamment sa respiration. Des impôts en retard, Jeremy? Pas besoin de préciser non plus que Thora Birch était bien mieux dans American Beauty.

Il manquait le degré zéro de l'échelle en haut de laquelle culmine Excalibur de John Boorman (en attendant Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson?) et où l'on trouve, entre autres, Willow de Ron Howard, Legend de Ridley Scott et L'histoire sans fin de Wolfgang Petersen. C'est Donjons & Dragons de Courtney Solomon.

Merci.