Le Seigneur des Anneaux
La Communauté de l'Anneau
(The Lord Of The Rings - The Fellowship Of The Ring)

Réalisé par Peter Jackson

avec Elijah Wood, Ian McKellen, Ian Holm, Viggo Mortensen, Sean Astin, Dominic Monaghan, Billy Boyd, Orlando Bloom, John Rhys-Davies, Liv Tyler, Cate Blanchett, Hugo Weaving, Christopher Lee

Sortie le 19 décembre 2001

NdR : Les noms des personnages et lieux utilisés ici sont ceux de la version originale, et non ceux de la version française, elle-même adaptée de la maladroite traduction des livres par F. Ledoux, malheureusement la seule disponible, et jamais révisée depuis sa première parution en France en 1972.

A l'impossible nul n'est tenu. Lorsque Peter Jackson démarra la production du Seigneur des Anneaux il y a deux ans, un mélange de crainte et d'enthousiasme se fit sentir. La crainte qu'il ne réussisse pas son pari, l'enthousiasme de voir un réalisateur original s'atteler à cette gigantesque tâche (cf. sa filmographie en bas de page). Aujourd'hui on peut apprécier la première partie de son travail, mais le film risque de diviser son public, entre ceux qui ont lu les livres (dont je fais partie), et les autres. Résultats : les premiers se concentrent sur la fidélité de Jackson à l'oeuvre de Tolkien, tandis que les seconds essaient de comprendre se qui se passe à l'écran.

Pour les autres un résumé : A l'ouest de la Terre du Milieu, dans le Shire, Gandalf le Magicien (McKellen) rend visite à ses amis hobbits : Frodo (Wood) et son oncle Bilbo (Holm). Bien qu'il ne le paraisse pas, Bilbo est vieux, il part pour le pays des Elfes et lègue à Frodo un anneau magique qu'il a trouvé au cours d'une vieille aventure. Après plusieurs recherches, Gandalf découvre qu'il s'agit de l'Anneau Unique, forgé il y a des milliers d'années par Sauron le Seigneur des Ténèbres, que celui-ci lève une armée d'orcs et qu'il a envoyé ses cavaliers noirs récupérer l'Anneau dans le Shire afin de recouvrer tout son pouvoir. Gandalf convainc Frodo de quitter le Shire afin de confier l'Anneau à Elrond (Weaving), seigneur des Elfes. Frodo est accompagné par Sam (Astin), Merry (Monaghan) et Pippin (Boyd). Pendant ce temps, Gandalf est fait prisonnier par Saruman (Lee), un autre Magicien qui veut s'emparer de l'Anneau. Après déjà plusieurs péripéties, les quatre hobbits font la connaissance de Strider (Mortensen), qui les mène jusqu'à Rivendell, le fief d'Elrond. Là, un Conseil constitué de tous les peuples de la Terre du Milieu décide de détruire l'Anneau, le seul moyen étant de le jeter dans le volcan de Mount Doom, en plein milieu du Mordor, le pays de l'Ennemi. Frodo se porte volontaire pour cette quête, toujours accompagné de Sam, Merry, Pippin mais aussi de Strider, l'Elfe Legolas (Bloom), le Nain Gimli (Rhys-Davies), l'Humain Boromir (Bean), fils aîné de l'Intendant du Gondor, et de Gandalf qui a échappé à Saruman.

Depuis le début du projet, Jackson a déclaré vouloir rester le plus possible fidèle aux livres, moyennant quelques aménagements du scénario (suppression de quelques passages, changements dans l'ordre de la narration). Malheureusement, cette fidélité semble être devenue pour lui une prison. Le film est une correcte illustration du livre (la conception artistique a été supervisée par Alan Lee et John Howe, deux des plus célèbres illustrateurs de Tolkien). Mais à vouloir restituer tous les épisodes obligés (principalement des scènes d'action), Jackson ne laisse pas le spectateur souffler. Si celui-ci est connaisseur, il s'accroche, sinon il lâche prise et se demande bien d'où sort chaque nouveau personnage qui apparaît toutes les deux minutes (les personnages essentiels sont au moins une quinzaine). Avec une telle profusion de personnages et une telle densité d'évènements, il a donc été très difficile aux scénaristes (Peter Jackson, Fran Walsh et Philippa Boyens) de pourvoir le commun des spectateurs en explications ou en développements psychologiques, ce qu'ils ont pourtant réussi à faire intelligemment lorsqu'ils s'en sont donné le temps, soit grâce à des monologues ou dialogues (l'introduction, Bilbo et Gandalf, Boromir), soit par de très simples flash-backs (Elrond et Isildur). Ils ont même réussi à semer quelques graines qui germeront dans les films suivants. Mais même en 2h45, le temps manque, surtout lorsque certaines scènes d'actions sont inutilement allongées (toute la séquence dans les mines de la Moria en est un exemple).

D'un point de vue visuel, les décors et les costumes sont extrêmement travaillés, soignés, et là encore, respectueux de l'oeuvre originale, même si on peut contester le look des hobbits, plus gentleman farmer (chemise, gilet, veste et culotte) que médiéval (sac à patates). La photo est inégale selon les séquences, et le style visuel oscille entre la superproduction très lisse (Rivendell) et la bonne grosse série B (l'élevage des orcs Uruk-Hai par Saruman, qui fait manifestement référence à Frankenstein). Pour accentuer l'ampleur des décors (grande rivière, grande tour, grande crevasse), Jackson utilise trop systématiquement des mouvements de caméra vertigineux. Ses ralentis emphatiques agacent aussi, et anéantissent l'effet de ses ralentis justifiés, comme la sortie des mines de la Moria, scène poignante.

Paradoxalement, Jackson est plus inspiré lorsqu'il montre ce que Tolkien ne raconte pas ou peu : la complicité qui naît entre les membres de la Compagnie de l'Anneau, l'effet de l'Anneau Unique sur ceux qui le convoitent, en particulier Bilbo et Galadriel (Blanchett). Il a aussi réussi à caser quelques pointes d'humour (Gimli le Nain qui refuse qu'on le lance) ou de burlesque (le duo Merry-Pippin), trop rares pour se décrisper totalement.

A quelques exceptions près, peu d'acteurs ont assez de temps pour s'exprimer pleinement dans leurs personnages. Le jeu d'Elijah Wood reste assez monolithique. Par contre Ian McKellen est parfait dans le seul rôle qu'il ne fallait pas rater : Gandalf. Ian Holm est aussi très bon en Bilbo, comme quoi ce n'est pas aux vieux acteurs anglais qu'on apprend à jouer du Tolkien (Holm avait déjà joué le rôle de Frodo dans une version radiophonique diffusée sur la BBC).

Espérons que Jackson retiendra les leçons de ce premier volet et qu'il soignera plus son montage (s'il en a la liberté) dans Les Deux Tours (18 décembre 2002) et Le Retour du Roi (17 décembre 2003).

Merci.


PS : Sur l'adaptation de la trilogie de John Ronald Reuel Tolkien éditée en 1954 plusieurs réalisateurs se sont cassé les dents. Parmi ceux-ci John Boorman, qui avait commencé un projet devenu trop cher, reconvertit plusieurs de ses idées en ce qui allait devenir Excalibur (id., 1981). Ralph Bakshi réalisa en 1978 une version animée décevante et qui s'arrêta au milieu du second volume.


Filmographie de Peter Jackson :

  • Forgotten Silver (id., 1996)
  • Fantômes contre fantômes (The Frighteners, 1996)
  • Créatures célestes (Heavenly Creatures, 1994)
  • Braindead (id., 1992)
  • Meet the Feebles (id., 1989)
  • Bad Taste (id., 1987)