Apocalypse Now Redux

Réalisé par Francis Ford Coppola

avec Martin Sheen, Robert Duvall, Marlon Brando, Dennis Hopper

Etats-Unis - 1979 - Couleurs

This is the end chante Jim Morrison sur un fond de flap-flap d'hélicoptères. Film mythique issu d'un tournage dantesque, Apocalypse Now est le fruit d'un pari dans lequel Coppola avait misé tout, par le biais de sa société de production American Zoetrope. Succès à sa sortie, il fut couronné à Cannes, et sort de nouveau sur la Croisette en cette année 2001, avec un titre accolé d'un redux, en version revue et augmentée.

Dans une chambre de Saïgon, le capitaine Willard (Sheen) boit et casse des miroirs en attendant une mission. Il est bientôt convoqué. L'état-major lui en confie une gratinée : retrouver et éliminer le colonel Kurtz (Brando), dangereux semi-déserteur enfui au Cambodge. Ce sera pour Willard et son équipe de circonstance (l'équipage d'un petit bateau qu'il emprunte pour remonter la rivière) l'occasion de découvrir la guerre du Viet-Nam sous toutes ses horribles coutures.

Martin SheenTiré du roman de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, qui a fait l'objet d'une adaptation TV plus fidèle avec Tim Roth et John Malkovich (Heart of Darkness, N. Roeg, 1994), Apocalypse Now est construit comme un film à sketches, comme une Odyssée. Chaque escale du bateau qui remonte le fleuve donne lieu à une scène, pas forcément utile pour l'ensemble de l'histoire mais pour le parcours psychologique des personnages qui, comme ils s'enfoncent en territoire inconnu du Viêt-Nam au Cambodge, s'enfoncent aussi dans les profondeurs de l'horreur humaine et se confrontent à leurs propres folies. Willard, en particulier, se fixe de plus en plus sur son objectif, Kurtz. A la fin du périple, avant même d'être accueilli par le photographe (hallucinant Hopper) il sait déjà qu'il ne trompera pas Kurtz et que celui-ci ne mourra que quand bon lui semblera, après avoir désigné Willard comme son héraut auprès de la civilisation.

Marlon BrandoParlons-en, de la civilisation. Coppola retranscrit sans complaisance la vision unilatérale de l'Occident tout-puissant, bienfaiteur de l'humanité et de ces imbéciles de niakoués ingrats. Du lieutenant Kilgore (Duvall) qui fait raser une plage au son de la Charge des Walkyries, pour surfer avec son idole Lance Johnson (membre de l'équipage de Willard, et surfer professionnel), au propriétaire de la plantation française, dernier avatar d'un colonialisme d'une autre époque, en passant par le show des play-mates destiné à regonfler le moral des troupes, elle est jolie la civilisation! Comble d'impudeur, c'est elle qui offre au film le prétexte de ses scènes les plus spectaculaires de bombardements au napalm et de fusillades massives. Comme des gamins, les soldats américains dévastent tout sur leur passage pour s'arroger de nouveaux territoires de jeu.

This is the end rechante Jim Morrison à la fin du film, lorsque Kurtz est abattu par Willard comme le buffle au milieu du village.

Merci.